Un Couple fait poser un parquet flottant par un menuisier qui n’avait pas pris la précaution de respecter le temps de séchage sur place du bois. Quelques semaines plus tard, en séchant, le parquet se désolidarise du sol et gondole, les éléments se dissocient empêchant jusqu’à l’ouverture des portes.

Les travaux

Fin août 2001, un couple habitant une maison du début du siècle dernier en pierre décide de réaliser quelques travaux de rénovation avant l’hiver. Notamment, il souhaite remplacer les revêtements de sol plastics de certaines pièces du rez-de-chaussée par un parquet bois. Le couple consulte alors un artisan local auprès de qui il sollicite un devis pour la mise en œuvre de parquet dans le séjour, dans les trois chambres du rez-de-chaussée ainsi que le couloir desservant ces pièces. L’artisan se présente quelques jours plus tard pour soumettre quelques échantillons d’essence de bois et adresse son devis trois jours plus tard. Le couple accepte le devis stipulant le démarrage des travaux mi-septembre et adresse par retour de courrier, un acompte représentant 10% du montant du marché. Les clients libèrent l’une des chambres, afin de permettre à l’artisan de démarrer rapidement ses travaux, en stockant le mobilier  dans le séjour. Deux semaines se passent sans que l’artisan ne donne aucune nouvelle. S’inquiétant d’avoir été oubliés les clients relancent le menuisier qui invoque un différé de livraison du bois.
Les travaux démarrent avec néanmoins quatre semaines de retard. Le parquet de la première pièce est rapidement mis en œuvre et le couple débarrasse alors les meubles de la deuxième chambre afin que celle-ci soit réalisée dès le lendemain. Le lendemain l’artisan ne se présente pas comme convenu.  Impatients du fait des problèmes d’organisation liés au stockage des meubles que leur pose ces retards, le couple regrette déjà d’avoir fait appel à cet artisan visiblement peu professionnel et se met à douter de ses compétences et de son honnêteté. Il adresse donc un courrier recommandé à celui-ci, le mettant en demeure de réaliser les travaux au plus vite. Les travaux, dès ce jour, sont rapidement terminés au détriment des finitions et les relations s’enveniment. Néanmoins, les clients, désireux de ne plus rien avoir à faire avec cet artisan, soldent la facture le jour même.

 

Désordres

Les travaux s’étant éternisés, nous voici déjà fin octobre et les températures ayant baissée, le couple décide d’utiliser, dans un premier temps, la cheminée du séjour. Très rapidement, il constate que le parquet de la pièce se soulève, les éléments se désolidarisent et se démontent, à tel point qu’il n’est plus possible d’ouvrir ou fermer la porte du séjour. Étant donné les tensions précédentes entre les clients et l’artisan, ce dernier, bien évidemment, refuse ne serait-ce que de se déplacer. Malheureusement les désordres ne s’arrêtèrent pas au séjour, car après avoir allumé le chauffage central, les trois autres pièces ainsi que le couloir se voit subir les mêmes déformations que dans le séjour, rendant les revêtements de sol totalement impropre à leur destination.
Les clients ne possédant pas leur contrat d’assurance habitation de clause les garantissant en « Protection Juridique », ne s’offre alors plus pour eux que le choix de porter l’affaire devant les tribunaux.

 

L’expertise

Deux mois plus tard, l’expert désigné par le tribunal constate, lors de ses opérations d’expertise, la totale impropriété à destination du parquet posé et demande à l’artisan de lui indiquer la provenance du bois mis en œuvre. Celui-ci répond avoir acheté son bois à un revendeur local auprès duquel il a l’habitude de se fournir depuis plusieurs années sans avoir eu à déplorer un incident. L’expert interroge alors les parties sur le déroulement des travaux. Il parvient enfin à apprendre de l’artisan que, pris de court par les délais car il avait quelque peu tardé à passer sa commande de bois auprès de son fournisseur, il avait, dès la livraison par son revendeur, mis en œuvre le parquet. L’expert lui rappelle alors la nécessité de respecter un délai d’attente entre la livraison et la mise en œuvre du parquet afin de permettre au bois de sécher sur place. Ce non respect, conjuguer à la mise en route du chauffage, a provoqué les désordres à l’origine de la procédure. Par ailleurs, l’expert judiciaire fait également remarquer à l’artisan la qualité plutôt médiocre des finitions et conclut à la responsabilité totale de celui-ci, qui se voit donc condamner de refaire entièrement ses ouvrages.

 

Pourquoi ce jugement ?

L’entreprise aurait dû être attentive à un certain nombre de points très importants de l’exécution.

a) Les parquets approvisionnés doivent être placés à l’abri des intempéries et mis en dépôt dans des locaux propres, parfaitement secs et non sujets aux condensations de vapeur d’eau, chauffés si nécessaire. Les parquets doivent être à l’abri des remontées d’humidité.
b) Lorsque les produits sont emballés, les emballages doivent rester intacts pendant le stockage et ne doivent pas être ouverts avant la pose. Les éléments (lames, panneaux) sont empilés de manière à ne subir aucune déformation ; ils doivent être isolés du sol pour limiter la condensation.
c) Lors de la pose, le support en mortier ou en béton doit présenter une humidité n’excédant pas 3 % de la masse sèche. Pour les supports en bois, le degré d’humidité du support direct ne doit pas dépasser 10 %.
d) Courbes d’équilibre hygroscopique du bois
La teneur en eau des bois utilisés est un problème majeur et il est évident que si l’artisan avait pris le temps de commander son bois puis entreposer chez ses clients les matériaux avant de débuter les travaux, il ne se serait pas exposé à autant de problèmes. Il est également important d’informer ses clients du délai d’intervention indispensable entre le moment où le bois est livré et la pose. (le non respect  de ce principe de base est à l’origine de nombreux désordres).

Exemples de rétractation du bois :
–    pour 20 °C – 86 % d’humidité moyenne, le bois tend à se stabiliser vers 19 % ;
–    pour 20 °C – 64 % d’humidité moyenne, le bois tend à se stabiliser vers 12 % ;
–    pour 20 °C – 35 % d’humidité moyenne, le bois tend à se stabiliser vers 7 %.

d) Le parquet ne doit pas venir en contact avec les maçonneries, les enduits, les plinthes, les huisseries, les tuyaux d’alimentation de chauffage, les autres revêtements de sol (aux seuils), escaliers, foyers de cheminée,… ni, d’une manière générale, avec aucun obstacle.
e) La largeur cumulée des lames lorsqu’elles font moins de 20 mm d’épaisseur ne doit pas dépasser 8 m.
f) Tout parquet doit être plan, c’est-à-dire qu’une règle de 2 m posée en un endroit quelconque de l’ouvrage, non chargé, ne doit pas révéler de flèche supérieure à 5 mm et qu’une réglette de 20 cm ne doit pas révéler de flèche supérieure à 1 mm.
g) Les désaffleurements entre lames ou panneaux continus ne doivent pas dépasser 0,2 mm.
h) Les joints entre les éléments assemblés du parquet ne doivent jamais dépasser 1 mm.
i) Alignement général des panneaux :
– Le décalage entre les deux angles de deux panneaux juxtaposés ne doit pas dépasser 2 mm.
– Sur une longueur de joint de 2 m, l’écart d’alignement entre deux éléments (angles) quelconques ne doit pas dépasser 5 mm.

Points à retenir :

La pose du parquet ne peut être effectuée que si, et seulement si, les conditions ci-après sont toutes satisfaites :
1. Séchage suffisant du gros œuvre, des enduits et raccords : taux d’humidité des maçonneries et enduits au plus égal à 5 %
2. travaux de mise en œuvre terminés pour le carrelage et les revêtements durs scellés ou collés
3. vitrages posés, mise à l’abri des intempéries
4. étanchéité des installations sanitaires et de chauffage vérifié et assuré
5. température des locaux et du support supérieur à + 15 °C
6. ventilation assurée
7. plinthes non posées
8. pas de réhumidification importante ultérieure des locau.

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