Expertise sur une terrasse recouverte d’un carrelage qui s’est fissuré
Responsabilités et obligations de l’entreprise, elle doit être particulièrement vigilante aux travaux qu’elle entreprend et des responsabilités que cela peut engendrer.
Des propriétaires décident de réalisée une terrasse extérieure dans le prolongement d’une dalle béton existante et ancienne. Une fois le carrelage posé celui-ci s’est fissuré à la jonction entre l’ancien support et le nouveau. L’entreprise aurait dû refaire la totalité de la dalle ou mettre en oeuvre un joint de dilatation entre l’ancienne et la nouvelle dalle.
Un particulier hérite, en 1999, d’une maison familiale au bord de la mer à usage de résidence secondaire.
Cette maison, édifiée en 1950, nécessite quelques travaux d’entretien. Il contacte alors divers artisans locaux. A l’extérieur notamment, il souhaite faire réaliser, à l’emplacement d’un jardinet, une terrasse prolongeant la terrasse existante jusqu’à la porte principale. Une entreprise de maçonnerie consultée se déplace afin d’estimer les travaux de terrassement et de mise en œuvre d’une dalle béton armé que le client souhaite faire recouvrir d’un carrelage. Dans les mois suivants, l’entreprise de maçonnerie transmet sa proposition, reprenant en tous points, les desiderata du client. Les travaux sont exécutés en juin 2000 et réglés par le client satisfait. Moins d’un an après, le client s’aperçoit de l’apparition de désordres sur le carrelage de la terrasse et sollicite par courrier de l’entrepreneur, qu’il vienne les constater. Après de multiples relances écrites et téléphoniques, et celui-ci ne se déplaçant pas, ils décident de régulariser une déclaration de sinistre auprès de leur assureur en protection juridique. Ce dernier mandate un expert d’assurance afin de se rendre sur place et de constater les faits.
L’expert d’assurance nommé convoque alors les parties pour une expertise contradictoire des travaux réalisés par l’entreprise mise en cause (le maçon). L’entreprise, l’expert d’assurance et les clients se rencontrent sur les lieux, dans la maison secondaire. Après visite et lecture des pièces, l’expert d’assurance demande à l’entreprise de définir son process d’exécution. L’artisan explique avoir fourni et posé le matériel à partir des contraintes (zone de travail) définies par le client. L’expert d’assurance convient de l’existence de petits défauts mais précise, dans ses conclusions, que ceux-ci ne rendent pas la terrasse impropre à sa destination et que les fissures existantes ne représentent qu’un désordre esthétique.
Insatisfaits des travaux réalisés et contestant les conclusions de l’expert d’assurance, le couple décide de porter cette affaire devant les tribunaux. Un expert judicaire est alors désigné.
Deux mois plus tard, l’expert judiciaire convoque les parties (entreprise et propriétaires). Ils effectuent ensemble une nouvelle visite des lieux, à laquelle assiste également l’expert d’assurance. L’Expert fait réaliser des sondages afin de vérifier le mode de pose du carrelage et la nature de la dalle. A cette occasion, il constate que le maçon, pour égaliser la dalle préexistante a réalisé une chape maigre non armée et que le carrelage, mis en œuvre en pose collée, recouvre à la fois l’ancienne dalle et la nouvelle sans que le maçon n’ait réalisé de joint de dilatation entre lesdites dalles. Par ailleurs, selon l’expert, les déformations du carrelage et l’apparition des fissures résulteraient de l’insuffisance de ferraillage de la dalle mise en évidence par le sondage.
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Lors de son intervention, l’expert judiciaire note les doléances de chaque intervenant et conclut, dans son rapport final, à l’obligation de résultat qu’avait l’entreprise par rapport à son client et à l’impropriété à destination de la terrasse. Dans le cadre de la garantie de parfait achèvement, il lui incombe donc de démolir et de reprendre les ouvrages, ou d’en supporter la charge en intégralité (démolition, fournitures et mise en œuvre comprises).
L’entreprise aurait dû être attentive au support. Elle aurait dû proposer les deux solutions techniques appropriée à ce cas précis du fait de l’existence d’une ancienne dalle :
1. Démolition de l’ancien support et réfection d’une dalle béton sur toute la surface
2. Prévoir un joint de dilatation entre l’ancien support et le nouveau.
Le Document général d'Avis Techniques (guide pour la rénovation des revêtements de sol) et DTU 26.2 (dalle et chape ciment) sont la bible du professionnel (Maçonnerie et carrelage)
Ce que doit impérativement l’entreprise :
Dans tous les cas, les prestations de fourniture et mise en œuvre d’une dalle béton avec un revêtement de sol collé comprennent :
Pour la dalle la réception des supports, ceux-ci étant débarrassés des gravats et déchets provenant des autres corps d'état. Les éventuels fourreaux de passage de câble doivent être installés avant le début de l'exécution des travaux. L'enlèvement hors chantiers de tous déchets et gravats résultant des travaux de chapes ou dalles.
Si un carrelage doit être posé sur un plancher béton (ou une chape ciment) jamais revêtu antérieurement, il est nécessaire de prévoir :
- soit un lessivage et brossage, suivis de rinçages,
- soit un ponçage suivi d'un dépoussiérage.
En cas de taches grasses très imprégnées (huile minérale par exemple), il est le plus souvent nécessaire de repiquer le béton ou de le traiter par brûlage thermique.
Règles générales du métier :
Dans tous les cas la conception et la mise en oeuvre d’une dalle béton recevant un revêtement de sol doit permettre au ce dernier de pouvoir se déformer sans que le carrelage se fissure de façon anormale. Il faut donc tous mettre en œuvre pour que la dalle ne se déforme pas par un ferraillage adéquat, un dimensionnement et une épaisseur suffisante pour éviter tous problèmes techniques ultérieurs. Lorsqu’il existe plusieurs types de support (neuf et ancien) il convient de prévoir, sur l’ensemble, l’exécution d’une chape afin que le carrelage soit posé sur une base uniforme. Dans le cas où, sur la dalle existante, l’entreprise ne peut pas rajouter de chape, alors la solution consistera à réaliser entre l’ancien et le nouveau support un joint de dilatation avec des matériaux appropriés. Dans ce cas précis l’entreprise, pour éviter tout litige avec son client, devra prévenir de l’aspect final de la terrasse.
4 points à retenir
- Vérification de la solidité du support
- Proposer des choix techniques adaptés en fonction de la nature des supports rencontrés
- Ne pas hésiter à réaliser des joints de dilatation ou de fractionnement
- Conseiller sont client et noter sur le devis la solution retenu (un trace écrite est très importante).
Cet article a été rédigé par Sylvain BARON, expert en bâtiment. Tous droits réservés © 2010 |
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